top of page

L’image que j’ai de moi est-elle vraiment moi ?

il y a 5 minutes
5 min de lecture

Art-thérapie, représentation de soi et possibilité de se réinventer


Nous avons tous une représentation de nous-mêmes.

Une image parfois précise, parfois mouvante, construite au fil de notre histoire, de nos expériences et des regards que nous avons reçus.

« Je suis comme ça. »


Cette phrase semble anodine. Pourtant, elle peut contenir toute une conception de notre identité:


Je suis quelqu’un de sensible. Je suis perfectionniste. Je suis indépendant. Je suis fragile. Je suis fort. Je suis quelqu’un qui réussit. Je suis quelqu’un qui échoue. Je suis trop ceci, pas assez cela.


Au fil du temps, ces représentations deviennent parfois des évidences. Nous ne les percevons plus comme des interprétations, mais comme des vérités sur nous-mêmes.


L’art-thérapie peut offrir un espace singulier pour les mettre en lumière.

Non pas pour déterminer qui nous sommes réellement, mais pour observer l’image que nous avons construite de nous-mêmes et découvrir qu’elle peut évoluer.



L’autoportrait comme miroir


L’autoportrait est une proposition particulièrement riche pour travailler autour de l’identité.


Il ne s’agit pas nécessairement de savoir dessiner ou de représenter fidèlement son visage. L’enjeu n’est pas artistique au sens de la performance.

Il s’agit de se demander :


Comment est-ce que je me vois ?

Quelles couleurs me représentent ?Quelles formes ?Quelle place est-ce que j’occupe dans la feuille ?Est-ce que je me montre ou est-ce que je me cache ?Est-ce que mon image est imposante, discrète, fragmentée, précise, effacée ?


L’œuvre devient alors un support extérieur. Elle permet de regarder ce qui, habituellement, reste à l’intérieur. Et cette distance est précieuse.

Lorsque ce que je ressens ou ce que je pense de moi prend une forme visible, je peux commencer à l’observer plutôt qu’à m’y confondre.


Les étiquettes que nous portons


Notre identité est aussi faite d’étiquettes.

Certaines nous ont été attribuées par notre entourage. D’autres sont nées de nos expériences. Certaines ont pu nous protéger à un moment de notre vie, avant de devenir limitantes.

« La raisonnable. »« Le sensible. »« La forte. »« Le timide. »« Celle qui réussit. »« Celui qui ne demande jamais d’aide. »


Certaines étiquettes sont valorisantes et nous y attachons donc volontiers. D’autres sont douloureuses et nous cherchons à nous en débarrasser.


Pourtant, dans les deux cas, une même question peut être posée :

Suis-je réellement réductible à cette définition ?


L’art permet d’explorer cette question sans nécessairement avoir besoin d’y répondre avec des mots.

On peut recouvrir une partie de son autoportrait, effacer une inscription, déchirer une image, transformer une forme, ajouter une couleur, déplacer un élément, superposer plusieurs représentations.


L’acte créatif introduit une possibilité fondamentale : ce qui a été représenté peut être transformé.


Lorsque l’image cesse d’être une vérité


Nous pouvons parfois souffrir moins de ce que nous sommes que de la manière dont nous pensons devoir être. L’image de soi peut devenir une sorte de cadre invisible.


Je dois rester à la hauteur de l’image de la personne compétente que je suis.

Je dois être à la hauteur des attentes liées à mon rôle.

Je dois continuer à être celle que les autres connaissent.

Je ne peux pas changer sans avoir l’impression de me trahir.


L’art offre justement un espace où le changement est autorisé.

Une œuvre peut être reprise. Un trait peut être déplacé. Une couleur peut être recouverte. Une forme peut être déconstruite puis recomposée.


Ce processus peut devenir une expérience symbolique particulièrement forte :

Je peux modifier ma représentation sans avoir à effacer mon histoire. Je ne nie pas ce qui a été.

Je cesse simplement de considérer que ce qui a été détermine entièrement ce qui peut être.


Se désidentifier : devenir plus vaste que son histoire


La désidentification peut être comprise ici comme la possibilité de prendre de la distance avec les images que nous avons de nous-mêmes.


Il ne s’agit pas de rejeter notre identité, notre histoire ou notre personnalité.

Nous ne sommes pas appelés à devenir « personne ».


Il s’agit plutôt de reconnaître que nous sommes plus vastes que les récits que nous faisons de nous-mêmes.


Une blessure fait partie de notre histoire sans nécessairement définir toute notre existence.

Une réussite nous appartient sans déterminer notre valeur.

Un rôle peut être important sans constituer la totalité de notre être.

Une émotion peut nous traverser sans devenir notre identité.


Cette distinction ouvre un espace de liberté.


Créer sans chercher à se définir


Il est alors possible de proposer une expérience artistique différente : après avoir représenté « qui je suis », créer une œuvre sans chercher à représenter quoi que ce soit de soi.


Ne plus chercher le beau.

Ne plus chercher le cohérent.

Ne plus chercher à produire une image valorisante. Simplement expérimenter.


Une couleur appelle une autre couleur. Une matière résiste. Une forme apparaît. Une autre disparaît.

Dans cette expérience, la création peut devenir un lieu où le mental n’a plus besoin de tout contrôler ni de tout expliquer.


L’œuvre n’a pas besoin de dire : « Voilà qui je suis. » Elle peut simplement témoigner de ce qui se passe ici et maintenant. Et parfois, ce déplacement est profondément libérateur.


Se réinventer sans se fabriquer une nouvelle identité


Le travail autour de l’identité pourrait facilement conduire à rechercher une « vraie image de soi », plus authentique, plus positive ou plus acceptable mais peut-être que l’enjeu est ailleurs.


Il ne s’agit pas nécessairement de remplacer une étiquette par une autre, de passer de « je suis trop sensible » à « je suis une personne sensible et merveilleuse », de « je ne suis pas capable » à « je suis capable de tout ».


Même positives, ces nouvelles définitions peuvent devenir à leur tour des identifications.


L’enjeu peut être plus subtil : Pouvoir se reconnaître sans avoir besoin de se figer.

Accepter d’être multiple, changeant, parfois contradictoire.

Se donner le droit d’évoluer et découvrir que l’identité n’est peut-être pas une image définitive à trouver, mais une réalité vivante à laisser se transformer.


L’art comme espace de liberté


L’art-thérapie offre ainsi un espace particulier pour questionner notre rapport à l’image de soi.

L’œuvre ne donne pas une définition de la personne. Elle ouvre un dialogue avec elle-même.

Elle permet de voir, de déplacer, de transformer, de recouvrir, de laisser apparaître autrement.


Au fil du processus créatif, une question peut progressivement remplacer celle qui nous enferme :

non plus « Qui suis-je ? », mais : « Puis-je me rencontrer sans avoir besoin de me réduire à une image ? »


C’est peut-être là que commence une forme de liberté.


Conclusion


L’art-thérapie nous permet ainsi de rencontrer autrement l’image que nous avons construite de nous-mêmes. En la donnant à voir, puis en la transformant, nous découvrons qu’elle n’est pas une vérité figée, mais une représentation parmi d’autres.

Notre histoire nous appartient, mais elle ne nous enferme pas. Nos expériences nous façonnent, mais elles ne disent jamais tout de ce que nous sommes. Et l’œuvre, en se transformant sous nos gestes, peut nous rappeler que nous aussi sommes en mouvement.



 
 
 

Commentaires


bottom of page