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Pourquoi avons-nous parfois besoin de créer avec nos mains ?

il y a 18 heures
4 min de lecture

Quand le geste permet de ralentir, de ressentir et de retrouver un espace intérieur


Nous vivons dans un monde qui sollicite énormément notre pensée.

Nous réfléchissons, organisons, anticipons, décidons. Nous passons de nombreuses heures devant des écrans, à écrire, cliquer, faire défiler, répondre et communiquer.


Nos mains sont pourtant faites pour bien davantage.

Elles touchent, explorent, transforment, assemblent, façonnent. Elles nous permettent d’entrer en relation avec le monde de manière directe et sensorielle.


Alors, que se passe-t-il lorsque nous leur redonnons simplement la possibilité de créer ?

Prendre un morceau d’argile. Étaler une couleur. Déchirer une feuille. Choisir une matière. Assembler différents éléments.


Ces gestes peuvent sembler très simples. Pourtant, ils peuvent nous ramener à une expérience essentielle : être pleinement présent à ce que l’on fait.



Lorsque les mains nous ramènent au présent


Créer avec ses mains demande une certaine disponibilité.


Lorsque vous malaxez une matière, vous sentez sa texture et sa résistance. Lorsque vous peignez, vous observez le mouvement du pinceau, la quantité de couleur, la manière dont elle se dépose sur le papier.


Votre attention se déplace. Elle quitte momentanément les préoccupations qui occupaient votre esprit pour revenir vers une expérience concrète : je touche, je regarde, je ressens, je fais.


Cette présence peut être particulièrement précieuse lorsque notre quotidien nous maintient dans un fonctionnement très mental. Créer ne résout pas tout mais cela peut offrir un espace différent, dans lequel nous n’avons pas nécessairement besoin de penser davantage.


Sortir de l’obligation de bien faire


Pour beaucoup d’adultes, créer peut être déstabilisant.

« Je ne sais pas dessiner. »

« Je ne suis pas créatif. »

« Je ne sais pas quoi faire. »

« Ce n’est pas beau. »


Ces remarques témoignent souvent d’une habitude profondément ancrée : celle de vouloir faire correctement. Nous avons appris à être évalués. À respecter des consignes. À atteindre des objectifs. À comparer nos résultats.


La création peut alors devenir, elle aussi, un terrain de performance.

Pourtant, l’art-thérapie propose une autre perspective.


Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner pour expérimenter.


Il n’est pas nécessaire de produire quelque chose de beau.

Il n’y a pas forcément de modèle à reproduire ni de résultat à atteindre.

La création devient avant tout un processus.


La matière comme expérience


L’intérêt ne réside pas uniquement dans ce que nous créons, mais également dans la manière dont nous entrons en relation avec la matière.


L’argile peut être modelée, creusée, transformée. La peinture peut être étalée, mélangée, superposée. Le papier peut être découpé, froissé, déchiré puis assemblé autrement.

La matière permet quelque chose de très concret : agir sur ce qui est devant soi.

Nous pouvons transformer une forme, modifier une couleur, déplacer un élément, recommencer.


Cette possibilité d’agir et de transformer peut offrir une expérience particulièrement intéressante lorsque nous traversons des périodes dans lesquelles nous avons parfois le sentiment de subir les événements ou de ne plus savoir comment avancer.


La création ne donne pas nécessairement une réponse mais elle peut nous permettre de faire une expérience.


Créer sans forcément savoir ce que cela signifie


Il existe parfois une tendance à vouloir immédiatement interpréter une production artistique.

« Cette couleur signifie-t-elle quelque chose ? »

« Pourquoi ai-je dessiné cela ? »

« Est-ce que cette forme représente quelque chose ? »


Ces questions peuvent être intéressantes, mais elles ne constituent pas le point de départ obligatoire.

Une création n’a pas toujours besoin d’être expliquée. Elle peut simplement être vécue.


Dans l’art-thérapie, l’accompagnement permet justement de laisser une place à ce qui émerge, sans imposer une interprétation toute faite.


La personne peut observer ce qu’elle a réalisé, ce qu’elle ressent, ce qui l’attire ou la dérange, ce qu’elle aurait envie de modifier. La parole peut venir ensuite, si elle vient.

Le geste précède parfois les mots.


Ralentir pour retrouver son propre rythme


Créer peut également nous reconnecter à une temporalité différente.

Il faut parfois plusieurs minutes pour modeler une matière, attendre qu’une peinture sèche, chercher un élément pour un collage ou simplement observer ce qui se construit.


Tout ne va pas vite. Et cette lenteur peut être précieuse.

Elle nous rappelle que certaines choses ont besoin de temps pour prendre forme.


Dans un quotidien où nous sommes souvent habitués à obtenir une réponse immédiatement, à passer rapidement d’une tâche à une autre et à optimiser chaque minute, prendre le temps de créer peut devenir une manière de retrouver son propre rythme.


Et si créer était une manière de revenir à soi ?


Créer avec ses mains nous permet finalement de réunir plusieurs dimensions : le corps, les sens, le geste, l’attention et la pensée.


Nous ne sommes plus seulement dans ce que nous pensons, nous sommes aussi dans ce que nous ressentons et dans ce que nous faisons.


C’est cette expérience globale qui peut faire de la création un véritable espace d’accompagnement.

En art-thérapie, il ne s’agit donc pas de devenir artiste.

Il s’agit de pouvoir expérimenter autrement. De retrouver une liberté dans le geste. De laisser une place à la curiosité. De prendre le temps.


Et parfois, simplement, de retrouver le plaisir de faire quelque chose avec ses mains.


En Corps Éveillé


Dans ma pratique de l’art-thérapie, je propose des expériences qui permettent de renouer avec les matières, les couleurs, les gestes et les sensations, dans un cadre sécurisant et sans exigence de performance.


Parce que créer peut être bien plus que fabriquer un objet. Cela peut être une manière de ralentir, de ressentir et de se retrouver.


Et peut-être qu’au fond, la question n’est pas seulement :

« Qu’est-ce que je vais créer ? » Mais plutôt : « Qu’est-ce que cette expérience va me permettre de ressentir ? »



 
 
 

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